Humeurs

Non, merci. Désolée. Je suis difficile.

Non, merci. Désolée. Je suis difficile. 6 mots. Les six mots d’excuse que j’ai le plus utilisé dans ma vie. J’ai toujours eu un rapport difficile avec la nourriture. D’après mes parents, jusqu’à mes cinq ans je mangeais de tout et du jour au lendemain, plus rien. Enfin… rien… Je sélectionnais. J’ai fini chez le médecin je devais avoir six ans peut être, j’étais mince mais pas maigre et ma famille s’inquiétait. Apparement, d’après la théorie de l’époque (je ne sais pas si elle est toujours d’actualité) , un enfant ne se laissera jamais mourir de faim. C’est vrai, je n’avais pas faim. Mes parents ont pris alors le parti de me laisser faire comme je le souhaitais. Je mangeais donc ce qui me donnais envie dans ce qui m’était proposé et ce qu’il y avait sur la table. C’est ainsi que petit à petit, j’ai arrêté de manger tout ce qui était vert, tout ce qui était salé et froid, tout ce qui contenait du lait. Je mangeais mal mais peu , je n’ai donc jamais eu de soucis de poids. Le plus compliqué finalement, c’était de gérer les sorties scolaires. Je redoutais les heures de midi , où il fallait  que je m’excuse de ne pas manger le repas que l’on me fournissait.

Adolescente, c’est devenu plus compliqué. L’âge faisant j’avais envie de manger mal, tout le temps. Je ne rêvais que de fast food, pizza et kebab et pour le gouter , ma passion pour les donut’s à commencer là. L’adolescence , c’est aussi le moment où on a envie de passer du temps avec des amis, manger chez eux, ou au restaurant. Le nombre de fois où je me suis forcée à avaler ce qui m’était proposé est incalculable. J’avais peur de froisser ceux qui me recevaient. Mon drôle de comportement alimentaire s’est accentué entre mes 15 et mes 18 ans. J’ai commencé à manger la même chose à chaque repas, jusqu’à m’en dégouter. Parfois, ça durait une semaine mais la plupart du temps ça durait beaucoup plus longtemps. Quand je suis arrivée à la fac, mon alimentation était chaotique. Plus aucun légume, peu de viande, beaucoup de féculents et de sucreries. Seule chose positive là dedans, j’adore le poisson et j’en ai mangé beaucoup à cette période. Je me souviens avoir arrêtée de boire de l’eau en faveur de sodas. Je savais que ce n’était pas bon mais j’avais pas envie de me forcer. Je me suis également rendue compte, en vivant seule dans mon appartement, que je détestais cuisiner. Je ne voulais pas toucher au beurre, à la viande crue, aux pâtes cuites, ça me dégoutait. Et je trouvais absolument répugnant de faire la vaisselle.

Et puis, avec Andy mon amoureux, nous avons décidé de vivre ensemble et il a fallu que je me fasse violence. Il a fallu que je cuisine pour nous deux et j’ai peu à peu repris une alimentation correcte. Il était hors de question pour lui de manger toujours la même chose. Il m’a peu à peu réconcilié avec les légumes même si je reste assez difficile. En gagnant un amoureux, j’ai aussi rencontré un beau frère qui est difficile aussi. C’était un soulagement de l’apprendre à vrai dire parce que je savais que mes beaux parents comprendraient que non ce n’est pas un caprice mais un vrai trouble. Ils ont d’ailleurs toujours été très tolérants et je me suis un peu plus ouverte. J’acceptais avec plaisir d’essayer, de gouter et je savais que si ça ne me plaisait pas , ils ne me forceraient pas.

En tombant enceinte de Kéo, j’ai décidé de faire plus attention. Je voulais nourrir du mieux possible le bébé qui grandissait en moi. J’ai recommencé à manger régulièrement de la viande, j’ai appris à cuisiner un peu mieux. Je faisais attention à manger plus de légumes et de fruits. J’ai tenu sept mois. Je pense d’ailleurs que si j’ai pris si peu de kilos durant cette grossesse, c’est grâce à cette alimentation drastique que je me suis imposée. Je privilégiais les produits du marché et des petits commerçants en bas de chez moi. Je vérifiais la provenance. Et au bout de sept mois, l’envie de sucre à repris le dessus et j’ai commencé doucement à lâcher prise jusqu’à l’accouchement. J’ai également décidé de ne pas allaiter pour deux raisons. D’une, je voulais que le Papa profite de ces instants privilégiés avec son fils et de deux , je savais que je m’alimenterais de nouveau trop mal pour faire passer les bons nutriments à mon bébé.

Aujourd’hui , ma façon de m’alimenter change de nouveau. Je refuse de plus en plus la viande et je me rabats sur les céréales, les graines et les féculents. Nous nous sommes limités à un fast food par semaine pour montrer l’exemple à Kéo et nous savons que c’est une sage décision. Je ne m’excuse plus de ne pas aimer, je crois avoir trop complexé avec cela. Cependant, je goute d’avantage de choses, j’essaye de m’ouvrir au mieux. Parfois, ce n’est pas le gout en lui même qui me répugne mais l’odeur ou la texture. J’ai dans l’espoir de trouver rapidement une alternative saine au manque de protéines animales, de calcium et d’autres nutriments que l’on ne trouve que dans ce que je ne mange plus . Je pense vouloir plus me tourner vers des plats végétariens, mais cela reste encore en cours de réflexion.

4 Comments

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    Eresia

    18 avril 2017

    Salut !

    Ton article me parle beaucoup, je suis très difficile aussi. Sauf que moi tout le monde pensait à un caprice. Je me souviens la joie dans mon premier appart, de pouvoir enfin manger ce que je voulais ! A moi les semaines de yahourts au citron, de repas de fromage, de céréales le soir ! Finalement je me rends compte que je suis assez monomaniaque, je vais me fixer sur un aliment, un plat, une saveur et en manger jusqu’à l’écœurement presque, pour ensuite jeter mon dévolu sur autre chose. (J’agis comme ça pour la musique aussi ! ) Mon copain à tendance à faire pareil, mais on essaie de se réguler. En attendant, je suis contente d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui ne me juge pas et qui comprend. Bref, merci pour cet article !
    A bientôt

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      boutchako

      19 avril 2017

      Merci de me partager ton expérience. Et je me doute que cela a du être plus difficile pour toi si tout le monde pensait que c’est un caprice. La façon dont toi et ton copain fonctionnez me parle beaucoup, puisque j’ai vécu quelque chose de semblable pendant quelques années. Aujourd’hui, je ne mange plus une saveur jusqu’à l’écœurement , cependant c’est vrai que j’ai tendance à manger quelque chose qui me fait envie plusieurs fois par semaine.
      A bientôt 🙂

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    Giacometti Brin d'Os

    24 avril 2017

    Je connais très bien ce que tu peux ressentir.
    Pour moi c’est un peu différent, je fais régulièrement des crises d’anorexie plus ou moins intenses.
    Je crois que cette façon monomaniaque de faire une fixette sur un aliment à la fois est assez caractéristique des personnes qui ont des difficultés pour manger.
    Je suis comme toi, peut-être en pire : je pourrais lister sur un post-it ce que je suis susceptible de manger. Pour le reste, c’est non. Impossible de manger ce qui ne me fait pas envie. Rien à faire, ça ne passe pas.
    Je prends aussi régulièrement des compléments alimentaires pour grossir.
    Parce que moi, en plus je veux grossir 😉

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      boutchako

      24 avril 2017

      Oui, j’imagine bien qu’il y a des personnes dont l’alimentation est plus difficile encore. L’anorexie, la boulimie… toutes ces maladies qui font mal autant psychologiquement que physiquement. J’ai un corps « normal » , je taille toujours entre le 38 et le 40. C’est bien la preuve que je ne m’affame pas ou qu’au contraire je ne mange pas des quantités démesurées de mauvaise bouffe. Je mesure donc la « chance » que j’ai de ne pas être plus atteinte par mon trouble.
      Je comprends cette idée du post it. On m’a fait la réflexion une fois : « plutôt que de nous dire ce que tu n’aimes pas, dis nous ce que tu aimes… » . Depuis, j’ai pris l’habitude de lister ce que j’aime . Mais peu à peu cette liste s’agrandit et j’en suis pas peu fière.
      En tout cas, je te souhaite du courage pour tes soucis alimentaires, peut être trouveras tu une solution un jour pour contrer cela.
      A bientôt.

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