Mon palais de mémoire.

J’ai lu très récemment, un peu par hasard, Le palais de mémoire d’Elise Fontenaille. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture. J’étais incapable de savoir si j’allais entrer dans l’histoire. Si ma sensibilité serait touchée par l’écriture, pourtant si particulière, de l’auteur. Les premières pages ont été difficiles à lire. Je ne comprenais pas vraiment où l’on voulait m’emmener ni dans quel but. J’errais à travers ces pages. Et puis, petit à petit, j’ai compris le rôle spirituel de l’objet. Ce n’était pas seulement un livre, c’était un enseignement. Comme Into the wild. Comme le Petit Prince. L’écriture est différente certes. Plus vague. Plus abstraite. Moins forte peut être. Mais je me suis laissée emporter par cette exploration, ce récit philosophique. Sonder l’âme. Ranger ses souvenirs. Là est tout le but de la technique enseignée. C’est comme un livre de recettes. Sauf qu’ici, et contrairement à la plupart des récits philosophiques, il n’y a qu’une discipline à apprendre: l’ars memoriae. A savoir, comment créer un palais de mémoire. Pour cela, il faut un peu de temps, le soir de préférence, quand la tête est libre d’être songeuse, un peu d’imagination et des souvenirs à classer. Oui, à classer. Comme on range nos petits papiers. Alors voilà, je me suis un peu essayée à l’exercice. Et ce n’est pas vraiment évident. Je vous emmène donc, sans trop vous le dévoiler, dans mon premier palais de mémoire.

Imaginez une maison située entre la campagne et la mer. Vraiment pile à la limite. A l’arrière de vastes champs, et devant, l’entrée face à l’océan . Imaginez ces sons si différents. Le fracas des vagues, le bruit du vent mélangé aux chants des oiseaux et au tintement lointain d’un clocher . C’est particulier n’est ce pas ? Et bien c’est un peu chez moi. Vous voyez , toute mon enfance, j’ai été baladé entre cette campagne apaisante et l’envie irrépressible de me diriger sans cesse vers l’océan. Oui, ces odeurs iodées et d’herbe coupée sont inscrites en moi. Aujourd’hui encore, j’apprécie de retrouver l’une et l’autre. Sans préférence aucune. Mon palais de mémoire me rappelle ces premiers souvenirs, parce qu’ils me sont précieux. Et puis il ressemble à une maison, un pavillon tout ce qu’il y a de plus banal. Parce que j’ai très longtemps vécu dans un endroit semblable et que, je l’aimais vraiment ce chez moi. Une fois la porte d’entrée franchie, ne regardez pas en face. C’est une pièce sombre, et j’y ai entreposé tout ce qui a été douloureux pour moi. Non, je me m’étalerais pas sur le contenu de cette pièce mais sachez que dans un palais de mémoire, il est important d’y entreposer des moments compliqués, tristes, infiniment cruels. C’est ce qui nous construit aussi. Donc vous voilà dans l’entrée, les yeux rivés sur vos pieds, puisque je vous ai interdit de regarder tout droit. Mais sachez que dans cette maison, il y a des tonnes de souvenirs heureux. A gauche dans la vitrine, vous pourriez , si tout cela était palpable, discerner une paire de crampons et une bombe d’équitation. Vous pourriez aussi voir une immense bibliothèque remplie de livres de tous types qui me rappellent évidemment à quel point j’aimais lire et m’instruire. Il y aurait aussi quelques vinyles de rock et des CD de Jean Jacques Goldman posés sur la table. Et dans la salle d’eau, le parfum Comme une évidence qu’une personne chère à mon cœur a porté des années. Il y aurait sûrement, dans le salon, un jeu de domino, une boîte de Quality Street et une bouteille d’Orangina. La chambre des enfants serait remplie de poupées Barbie et de VHS Disney. Évidemment, dans ce palais de mon enfance, il y aurait des tonnes de photos rangées dans des albums. Des instants volés de nos vacances à trois, puis à quatre. J’y rangerais aussi, des objets qui me rappellent les mercredis midi , les repas chez nos grands parents, le son de la rivière en contrebas du terrain qui s’écoulait tranquillement. Et puis, là, juste contre le mur, j’imagine un vélo. Pour le tour de France en bruit de fond à chaque vacances d’été, pour les sorties avec les copains, pour les soirées passées sur le petit stade juste à côté de la maison familiale.

Je pourrais encore vous dire des tas de choses, sans en dire trop, sur mon palais de mémoire. Celui qui résume mon enfance et une partie de mon adolescence. Mais vous savez, je n’y trouve pas vraiment d’intérêt. Au fond, tout ce qui s’y trouve est à moi et seulement à moi. Je suis la seule à pouvoir ressentir les sensations, imaginer à nouveau les odeurs, redécouvrir les saveurs. Et si dans cette vie, qui passe si vite, vous arrivez à vous dégagez quelques instants, je vous invite à découvrir ce livre si particulier et peut être aurez vous envie, ensuite, de songer à votre passé et de ranger à travers de petits objets, des moments que vous ne voulez surtout pas oublier.

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