Tombée du ciel.

Vendredi 28 septembre, 21h. Une douce soirée en famille à regarder Avengers: Infinity War. Les yeux de Kéo plongés dans l’écran, lui qui aime tant les super-héros. Le terme est dans une semaine, et j’ai tellement hâte. Je ne sais plus comment me positionner pour dormir, écrire, ni même regarder la télé. Tout me semble infiniment inconfortable. Ce ventre qui a grossi si vite et qui m’a vite empéché de dormir dans ma position préférée, empêché de me mouvoir comme je le voulais, empêché simplement de faire tout ce dont j’avais envie. Oui, le 28 septembre, j’en avais ras le bol d’être enceinte. Tout était prêt depuis quelques jours pour accueillir bébé. Et j’avais déjà fait pas mal d’aller-retour à la maternité dans l’espoir d’y rester. Oui, le 28 septembre, après le film, je me suis couchée désespérée. 23h, j’éteins la lampe de chevet. 23h01, je la rallume en sursaut. Une tache de sang avait eu le temps de se propager sur le drap housse. Alors, précipitamment j’enfilais un jogging et priais Andy de m’emmener à la maternité. Juste le temps d’appeler pour savoir où mettre Kéo et nous étions déjà tous les trois dans la voiture. Sur le chemin, je sentais mon ventre se contracter sans que cela ne soit douloureux. Toutes les 6 puis 5 minutes.

Après avoir déposé Kéo, nous sommes donc allés en hâte à la maternité. J’avais peur que les contractions deviennent douloureuses et que je n’arrive plus à gérer assise sur le siège passager. Alors, on s’est dépêché. Je ne crois pas l’avoir déjà dit, mais je rêvais de pouvoir arriver à la maternité de nuit. J’aime l’ambiance sereine, loin du brouhaha de la journée. Loin des gens qui courent partout. La nuit, c’est tellement plus paisible. Une sage-femme nous a pris en charge, a posé un monitoring et a décidé de vérifier de quoi était composé le liquide sanguin que je perdais. Et comme pour Kéo, j’avais fissuré la poche des eaux. Et comme pour Kéo, mes contractions non douloureuses trahissaient un travail qui n’avait pas encore commencé. Et comme pour Kéo, j’avais un délai de 48h pendant lequel tout pouvait arriver. Accouchement naturel, déclenchement, césarienne. Tout était encore possible. La sage-femme décidait donc de m’envoyer passer la nuit en chambre. Jusque là, c’était instant pour instant le même scénario que pour Kéo.

On m’installa donc en chambre n°2, j’ai très vite pris mes repères. Je connaissais parfaitement la façon dont c’était agencé. Andy décidait de rentrer se reposer avant la rencontre avec sa fille. Le 29 septembre, il était 1h du matin. C’est là que tout a réellement commencé. Les contractions se sont fait soudainement douloureuses. Je cherchais à chaque fois une position pour me soulager. J’essayais de respirer calmement mais j’étais exténuée. J’avais  fait des insomnies les nuits d’avant, ma fatigue était bien avancée. Au bout de trois quart d’heures, j’appelais la sage-femme de garde. Je lui expliquais que j’avais vraiment mal. Un deuxième monitoring a été mis en place. Une demi heure plus tard, après vérification, le travail avait bel et bien commencé. Le col s’était , en une heure et demie de temps, ouvert à 4 centimètres. Il était temps de remonter en salle de naissance. J’appelais Andy pour qu’il revienne. Et une fois installée, j’implorais la sage-femme d’appeler l’anesthésiste. Il me fallait la péridurale, mon corps me faisait subir un supplice.

2h45, l’anesthésiste entrait dans la salle. Je me suis assise sur le bord du lit, le dos bien rond. Je connaissais la chanson: se détendre, respirer, ne pas bouger. Et elle a piqué. J’ai soudainement sentie quelque chose de froid dans les reins. Et cela ne me disait rien. Alors j’en fis part et effectivement, le cathéter avait été mal positionné. Il fallait recommencer. Le dos bien rond. Se détendre. Respirer. Ne pas bouger. Et d’un coup l’angoisse. Elle était en train de piquer quand j’ai senti la contraction arriver et je me sentais incapable de rester dans cette position pour faire face à la douleur. J’avais trop mal, mais l’aiguille était plantée dans mon dos. J’ai commencé à trembler, la sage femme me retenant de tout ses forces pour ne pas que je change de position. Je regardais Andy, la rage, la douleur et l’angoisse dans les yeux. J’étais en colère. En colère qu’on ne me laisse pas m’accommoder de ma douleur, en colère de m’obliger à subir ça, en colère qu’on ai pas attendu juste un peu, que la contraction qui était sur le point d’arriver passe. Alors effectivement, une fois tout terminé, la première dose de péridurale dans le sang, le ressenti presque estompé, je me suis mise à pleurer. Je ne voulais plus accoucher, je ne voulais plus souffrir, je voulais que ce corps redevienne mien et surtout, je voulais dormir. La mise en place de la péridurale, je l’ai vécu en pleine conscience. Et si, en soi, l’acte ne fait pas mal, c’est la façon dont tout cela s’est déroulé, sans communication, sans sentiment, presque sans humanité, que je regrette. J’aurais voulu que l’anesthésiste soit plus avenante, qu’elle m’explique et qu’elle me demande simplement si j’étais prête. Ce qui s’est passé après mes pleurs est devenu très flou. J’ai énormément dormi, me réveillant chaque heure pour vérifier l’avancée du travail. Je n’avais plus envie d’être sympathique avec le corps médical, je n’avais plus confiance en eux. Alors c’est complètement neutre et sans aucun sourire que je me suis pliée aux examens.

7h30, la sage-femme qui était de garde la nuit est venue me présenter celle qui prenait le relais. Et tout à coup, mon humeur a changé. Je me suis remise à sourire, elle était d’une gentillesse incroyable, d’une douceur infinie. 8h, elle revint m’examiner et le col était quasiment effacé, mais bébé était encore haut et la poche des eaux n’avait pas rompu. L’échéance arrivait tout doucement. Je décidais de me reposer encore un peu avant d’avoir à pousser.

8h15, je suis réveillée par un Ploc! et la désagréable sensation d’être trempée du bassin jusqu’à mi-cuisses. J’appelais la sage-femme, la poche des eaux avait rompu. Elle changea les draps, remis mon lit au propre et m’examina à nouveau. « Vous devriez accoucher d’ici une heure, reposez-vous encore ».Et à peine passée la porte, je la rappelais . Je sentais la tête du bébé appuyer. Et à peine revenue, elle me dit « on se met en place madame, votre fille est là! » . C’était incroyable de voir la vitesse à laquelle mon corps avait poussé bébé vers la sortie. Je la sentais toute proche, alors j’ai poussé. Une fois, deux fois, trois fois… quand soudain la douleur est revenue. Elle est revenue plus cinglante que jamais, juste avant la dernière poussée. J’avais envie de laisser tomber. Je l’ai même dit à la sage-femme, à la puéricultrice et à Andy. « Je ne veux plus pousser, j’ai trop mal. » Et si Andy n’avait pas eu ce regard encourageant, qui me disait sans mots que je pouvais y arriver, que j’étais assez forte, alors j’aurais abandonné. Mais j’ai poussé une dernière fois, les yeux au bord des larmes et j’ai senti la tête, puis les épaules passer. Elle était là, mon étoile tombée du ciel. Elle était là, rose et belle, sa peau contre la mienne. Elle était là, toute petite contre mon coeur. Je l’ai regardé un instant, et puis j’ai regardé Andy. Je lui ai dit qu’elle était belle et il a sourit. Je n’ai pas pleuré de joie, mais j’ai de nouveau senti cet intense bonheur m’inonder. Cet amour maternel est né une nouvelle fois en moi. Et c’est surprenant de beauté, que de ressentir ce sentiment là.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *