Les histoires illustrées #2

Synonymes

Mélancolie. Nostalgie. Petite, elle avait souvent l’impression de confondre les deux mots. Pourtant, ils sont synonymes. C’est le dictionnaire qui le dit. Mélancolie. Nostalgie. Ils raisonnent pourtant différemment au creux d’elle en vieillissant. La nostalgie de quelque chose de passé lui fait ressentir l’envie de connaitre à nouveau un moment d’avant. Elle sent les odeurs qu’elle a déjà senti, se souvient des sentiments, retrouve la chaleur d’une main posée sur sa joue ou la fraicheur d’une glace en pleine canicule, elle se rappelle du goût qu’avait sa vie à un instant donné, au temps qu’il a fait, de la bise qui s’engouffre dans les vêtements, des frissons qui l’ont rendu vivante, de la buée sur la fenêtre et du dessin qu’elle y faisait, de la chaleur du feu qui réchauffe les orteils gelés, de l’amertume du café que buvaient ses proches et dans lequel elle trempait ses sablés, de cette sensation de se coucher dans un nuage lorsque les draps venaient d’être changés . La nostalgie, c’est un peu le rêve de quelque chose qui a existé. Un souvenir parfois un peu embué, dont les images s’effacent mais dont les sensations et les sentiments sont imperturbablement présents. La nostalgie ne fait pas de mal. Elle est un doux rappel d’une heure, d’une minute, d’une seconde qu’elle a chéri, tant aimé. La nostalgie n’a d’effets que sur sa tête. La nostalgie, c’est s’évader. Un instant, s’envoler.

La mélancolie, elle, fait si mal. La souffrance de vouloir revivre un passage de sa vie et de savoir pertinemment que ce bonheur s’est évanoui. A jamais.  La mélancolie, la tristesse profonde qui fait oublier le reste.  Elle est brutale, obscure, et n’offre aucune échappatoire. Elle s’installe dans le néant de la nuit, creuse la tête pour s’y installer et oblige à rester éveillé dans les heures creuses de la journée. La mélancolie envahie tout, repeint en noir les rêves et ne laisse que la profondeur du vide, anéantie les espoirs. Il n’y a plus que, dans le souvenir heureux, le point final. Le reste n’a plus d’importance, le reste n’a comme jamais existé. Les rires se sont évanouis, les couleurs se sont assombries, les fêtes ne sont plus le témoin d’une joie partagée, le soleil ne chauffe plus, le feu non plus. Les gens aimés ont disparus. Disparus. Leur image est toujours là, figée, mais eux, leur façon de s’exprimer, leur voix, leurs mimiques, ce qui faisait qu’ils étaient différents, particuliers est oublié. Le souvenir a alors un goût très amer, infect, dont il faut pourtant se contenter.

Voilà la différence entre ses deux mots. Pour elle, c’est avant tout de savoir si elle réussit à se délecter ou doit tristement se contenter d’un bonheur passé.

 

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