Browse Tag by complexes
Humeurs, Vie de famille

La réconciliation

Cet été, dans cet article, je vous expliquais que mon corps n’est pas un obstacle. Je voulais revenir sur cette phrase et y changer un tout petit mot. Aujourd’hui, mon corps n’est PLUS un obstacle. Cela implique le fait que, pendant un certain temps, il l’a été. Plus qu’un obstacle, il était une véritable barrière que je n’arrivais pas à franchir. Comme toutes les filles/ femmes, j’ai toujours eu des complexes plus ou moins importants. Quand j’étais petite, il était hors de question que je m’attache les cheveux, à cause de mes oreilles un peu trop décollées à mon gout. Plus tard, j’en ai voulu à ma pilosité de brune. Je traquais chaque poil de peur que ça se voit. Jusqu’à aller décolorer ceux que j’ai sur les bras pour ne plus ressembler à un yéti (c’était l’estime que j’avais de moi). En vieillissant, j’ai appris à conjuguer avec le corps qui est le mien. Même s’il m’arrivait parfois encore de paniquer quand je ne rentrais plus dans un de mes pantalons, le complexe partait aussi vite qu’il était arrivé et je n’en parlais plus.

A coté de ça, j’adorais mon ventre. Il était plat, musclé et pour le sublimer un petit peu plus, je l’avais fait percer. C’était une sorte de fierté pour moi. Surtout que pour obtenir ce résultat, je n’ai jamais eu à faire grand chose. J’ai toujours eu tendance à grossir du bas du corps, mais mon ventre, lui, ne changeait pas. A l’âge de 20 ans, je suis tombée enceinte. Je savais que mon ventre allait grossir et que j’allais forcément changer un petit peu. Mais ce n’était pas grave, je portais la vie. J’ai vécu une grossesse de rêve, durant laquelle j’ai pris 12 kg. Une prise de poids correcte selon les médecins. J’avais confiance en mon corps, je savais que je ne garderais pas tous ces kilos. En Mars 2014, Kéo naissait et à la sortie de la maternité, j’avais perdu 8 de mes 12 kilos en trop. Je rentrais de nouveau dans mes jeans. J’étais forcément un peu plus à l’étroit mais je fermais encore le bouton sans trop de peine. J’aurais du me réjouir. J’aurais du…

Seulement, si le corps que je regardais dans le miroir n’était pas énorme, il était devenu tout autre. Et je le trouvais hideux. Je me trouvais affreuse. La cellulite avait fait son apparition sur mes cuisses, j’avais de nouveau de l’acné sur le visage, mon ventre était flasque et comportait de jolies vergetures qui s’étaient dessinées en soleil autour de mon piercing, jusqu’à atteindre mes hanches. Plus rien n’était ferme. J’avais l’impression d’avoir un excédent de peau au niveau de la taille et ma poitrine s’était affaissé. J’avais l’impression que j’avais raté quelque chose. Que mon corps de femme enceinte si beau s’était en une nuit transformé en une enveloppe informe, difforme. Il fallait le cacher. Le changement dans ma garde robe le plus flagrant fut celui des maillots de bains. Il n’était plus question d’aller à la piscine en bikini, il me fallait un une pièce noir ou bleu marine. J’ai arrêté de mettre des jeans aussi, je me suis mise à détester les tailles basses, je ne m’y sentais plus à l’aise. Je me suis davantage tournée vers des robes et des jupes qui cachaient le mieux possible mon corps. Et j’avais cette sensation désagréable de ne plus savoir m’habiller, de ne plus savoir me mettre en valeur.

Je ne sais pas quel a été le déclic. Peut être est ce du aux nombreux articles que j’ai pu lire et qui parlaient de ces femmes qui, comme moi, ne reconnaissaient plus leurs corps. Peut être est ce du à cette photographe américaine,Jade Beall, qui montrait par son Beautiful Body Project le « vrai » corps non retouché de quelques jeunes mamans. Peut être est ce du à ma nouvelle passion pour la photographie et la retouche qui m’a fait prendre conscience qu’avec un bon logiciel, on peut faire ce que l’on veut. Peut être est ce du à Instagram qui regroupe aussi de jolis comptes de femmes qui s’assument. Vraiment, je ne sais pas quel a été le déclic.

Une chose est sûre: depuis quelques temps maintenant, la barrière est tombée, l’obstacle n’en est plus un. Il s’agit d’une véritable réconciliation. De celles qui font du bien. Les réconciliations qui donnent des ailes et qui rendent libres. Parce que c’est une véritable liberté de savoir s’assumer et de ne plus redouter sans cesse le regard des autres. Et de ne plus redouter, non plus, son propre regard, le matin dans le miroir.